Incendies en Algérie : l’apiculture, l’aviculture et l’industrie du liège paient un lourd tribut

Les incendies de forêts qui frappent le nord de l’Algérie depuis près de deux semaines ne se limitent plus à un désastre environnemental. Au fil des jours, l’ampleur de leurs conséquences économiques se précise. Si aucun bilan officiel consolidé n’a encore été publié, les premiers éléments recueillis sur le terrain et les informations communiquées par les professionnels témoignent de pertes se chiffrant déjà en millions de dinars pour plusieurs secteurs d’activité.

Parmi les filières les plus durement touchées figurent l’aviculture, l’apiculture et l’industrie du liège, trois activités fortement implantées dans les zones montagneuses qui ont été les plus exposées aux flammes.

Des dizaines de poulaillers détruits dans plusieurs wilayas

Le secteur avicole apparaît comme l’un des grands sinistrés de cette vague d’incendies. Dans les wilayas de Béjaïa, Bouira, Skikda, Sétif, Guelma, Souk Ahras et Annaba, les flammes ont ravagé des dizaines de poulaillers, provoquant d’importantes pertes matérielles.

Le nombre exact de poussins morts, brûlés ou asphyxiés n’a pas encore été établi. Toutefois, les premières estimations évoquent déjà plusieurs milliers de volailles perdues, auxquelles s’ajoutent la destruction d’aliments, d’équipements d’élevage et de bâtiments.

Selon les informations relayées par les éleveurs sur les réseaux sociaux, la wilaya de Skikda semble être la plus touchée. Cette région, qui compte un nombre important d’exploitations avicoles implantées dans les massifs forestiers, a enregistré plusieurs incendies de grande ampleur ces derniers jours.

Au-delà des pertes directes, les professionnels redoutent également une baisse de la production de viande blanche dans les prochaines semaines, ce qui pourrait exercer une pression supplémentaire sur les prix.

L’industrie du liège confrontée à un coup dur

Autre secteur durement frappé : l’industrie du liège, dont une grande partie de la production nationale est concentrée dans les régions touchées par les incendies.

Les wilayas de Skikda, Béjaïa et Jijel, reconnues comme les principaux bassins liégeux du pays, ont vu une partie de leurs forêts de chênes-lièges partir en fumée. À elles seules, ces trois wilayas assurent plus de la moitié de la production nationale de liège.

La destruction des peuplements forestiers risque d’avoir des conséquences durables. En effet, la régénération des chênes-lièges nécessite plusieurs années, ce qui laisse craindre un impact prolongé sur la filière, les unités de transformation et les emplois qui en dépendent.

Les apiculteurs face à une double catastrophe

L’apiculture figure également parmi les activités les plus affectées. Dans plusieurs communes de Kabylie et de l’est du pays, des ruchers entiers ont été détruits par les flammes.

À Tala Hamza, dans la wilaya de Béjaïa, un apiculteur explique que les pertes sont doubles. D’une part, les incendies ont réduit en cendres plusieurs ruches. D’autre part, la canicule exceptionnelle qui accompagne cette vague de chaleur a considérablement affaibli les colonies d’abeilles.

Les températures élevées ont également brûlé une partie importante de la flore mellifère, privant les abeilles de leurs principales sources de nectar. Cette situation pourrait entraîner une baisse sensible de la production de miel lors de la prochaine saison.

Un impact économique encore difficile à mesurer

Au-delà de ces trois secteurs, les incendies ont également détruit des vergers, des oliveraies, des plantations, des clôtures, du matériel agricole et plusieurs infrastructures rurales. Les pertes définitives ne pourront être évaluées qu’une fois les opérations d’extinction totalement achevées.

Alors que les services de la Protection civile poursuivent leur mobilisation pour maîtriser les derniers foyers, les professionnels appellent à un recensement rapide des dégâts et à la mise en place de mesures d’accompagnement pour les exploitants sinistrés.

Ces incendies, parmi les plus importants enregistrés ces dernières années en Algérie, rappellent que leur coût dépasse largement le seul aspect environnemental. Ils constituent également un choc économique pour des centaines d’agriculteurs, d’éleveurs et d’entreprises dont l’activité dépend directement des ressources forestières.